sports

Électricité : l'État et le Parlement resserrent l'étau autour des contrats des producteurs privés

Le dossier de l'électricité prend une nouvelle dimension à Madagascar. En l'espace de quelques heures, l'exécutif et le Parlement ont affiché une position commune de fermeté face aux difficultés persistantes d'approvisionnement qui touchent plusieurs régions du pays. Si le Président de la Refondation a directement mis en cause l'un des principaux producteurs privés d'électricité, les députés ont, de leur côté, annoncé une vaste enquête sur les contrats conclus entre la Jirama et ses prestataires, estimant que certains accords pourraient porter atteinte aux intérêts de l'État et de la population.

Depuis le Palais d'État d'Iavoloha, le colonel Michaël Randrianirina a lancé un avertissement sans ambiguïté : l'État ne tolérera plus aucun dysfonctionnement ni aucun abus dans la fourniture d'électricité. Le chef de l'État a rappelé que l'accès à une alimentation électrique fiable constitue un service essentiel et que les coupures répétées enregistrées à Toamasina, Antsiranana et Mahajanga ne peuvent plus être acceptées.

Au centre de ses critiques figure ENELEC, partenaire historique de la Jirama dans la production d'électricité dans plusieurs grandes villes. Le Président a rappelé que cette entreprise travaille depuis plusieurs décennies avec l'État malgache, mais a estimé que cette ancienneté ne saurait justifier les insuffisances actuelles. Selon lui, les engagements contractuels doivent être pleinement respectés afin de garantir la continuité du service public.

Le chef de l'État a également rejeté les explications faisant état d'actes de vandalisme ou de sabotage pour expliquer certaines interruptions de production. Il a souligné que seuls les employés de la société ont accès aux installations concernées et a demandé la mise en place de systèmes de vidéosurveillance afin de déterminer avec précision les responsabilités en cas d'incident.

Le contrat liant la Jirama à ENELEC a également été évoqué. Selon les explications du Président, l'entreprise perçoit 65 % des recettes issues de la fourniture d'électricité dans le cadre de cet accord. Il a toutefois estimé qu'en contrepartie, la société doit assurer les niveaux de production prévus. Faute de quoi, les conséquences sont directement supportées par les consommateurs.

Concernant Antsiranana, le chef de l'État a illustré son propos par des chiffres qu'il juge révélateurs. D'après lui, ENELEC dispose d'une capacité installée de 18 MW alors que les besoins de la ville sont estimés à environ 11 MW. Pourtant, la production serait descendue jusqu'à seulement 3 MW, alors que les paiements prévus par le contrat continueraient d'être effectués par la Jirama. Pour le Président, une telle situation ne peut perdurer. Il a averti que si l'approvisionnement n'était pas rapidement rétabli à Antsiranana, Toamasina et Mahajanga, l'État prendrait des mesures fermes à l'encontre de l'entreprise.

De son côté, l'Assemblée nationale a ouvert un autre front en lançant officiellement les travaux d'une commission d'enquête parlementaire consacrée aux contrats conclus entre la Jirama et les producteurs privés d'électricité. Composée de quinze députés et présidée par Pety Rakotoniaina, cette commission devra examiner les conventions signées au fil des années et évaluer leur impact sur les finances de la compagnie nationale.

Les parlementaires estiment déjà que plusieurs contrats ne protègent ni les intérêts de l'État ni ceux du peuple malgache. À titre d'exemple, ils ont évoqué des accords portant sur une capacité de production de 18,5 MW, alors que seulement 4 MW seraient effectivement fournis, une situation qui, selon eux, contribuerait à fragiliser durablement la Jirama.

Ils s'interrogent également sur le recours au mécanisme dit « take and pay », qui obligerait l'État à rémunérer jusqu'à 80 % de l'électricité prévue par contrat, qu'elle soit effectivement consommée ou non. Pour les membres de la commission, ces clauses méritent d'être examinées afin de déterminer si elles servent réellement l'intérêt national.

Sans désigner explicitement ENELEC, les responsables de la commission parlementaire ont présenté des exemples de contrats et de capacités de production qui semblent faire écho aux critiques formulées auparavant par le chef de l'État. Cette convergence de discours laisse apparaître une volonté commune des institutions de faire toute la lumière sur les conditions d'exécution des contrats conclus entre la Jirama et certains producteurs privés.

Au-delà de l'analyse des contrats, les députés souhaitent également vérifier si les engagements de production sont effectivement respectés sur le terrain. Les conventions jugées contraires à l'intérêt national pourraient être renégociées, voire annulées, afin de protéger les finances publiques et d'engager le redressement de la Jirama.

Les travaux de la commission s'étaleront sur une période de six mois avant la publication d'un rapport accompagné de recommandations. En parallèle, le président de l'Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, et le président de la commission, Pety Rakotoniaina, ont dénoncé l'existence de pressions et de tentatives d'intimidation visant à entraver l'enquête. Ils ont prévenu que les auteurs de ces agissements seraient publiquement identifiés si de telles pratiques venaient à se poursuivre.

-----

Source originale: www.madagascar-tribune.com →